Christophe Le Bot

Pratique de la conception numérique

Quand faire intervenir le designer ?

De l’article consacré aux difficultés de Dell, diffusé par Le Monde (Fragilisé, Dell se cherche un nouveau modèle, 3 mai 2007), je n’ai retenu qu’une phrase. Non pas que les objectifs de Michael Dell, de retour dans la galère le navire ne m’intéressent pas, mais parce qu’il y est question de design :

Des designers ont été recrutés et désormais un produit sera dessiné avant d’être conçu. Avant c’était le contraire.

Cet aveu est étonnant à double-titre :

  • Il me semblait que les machines Dell étaient réputées pour leur conception aboutie (fiabilité, silence, manipulation, installation, service clients). J’ai dû louper un épisode…
  • Je croyais que les grandes entreprises, américaines de surcroît, avaient compris depuis longtemps le rôle du designer. J’ai rêvé trop vite…

La situation

Comment en est-on arrivé là ? Le problème vient de l’incompréhension du mot design et du rôle du designer. Le design est trop souvent perçu comme synonyme exclusif d’apparence (ou d’aspect, de forme, d’esthétique, si vous préférez). D’où la tentation de limiter le coût du design à un peu de saupoudrage visuel, juste avant la mise en production.

Les responsables

A qui la faute ?

  • Aux designers, certainement, qui n’ont pas su expliquer leur métier, il est vrai très changeant (je suis bien placé pour le savoir, puisque j’ai géré et animé pendant 8 ans une association de promotion du design).
  • Aux managers parce qu’ils ne sont pas sensibilisés, ni formés aux atouts du design (le design devrait faire partie du programme MBA !).
  • Aux institutions et autres organismes de développement économique parce qu’ils n’ont pas les outils pour mesurer et expliquer l’efficacité du design (quoique sur ce point, les évolutions sont perceptibles ces derniers temps).
  • A notre système éducatif qui peine à sortir d’une ingénierie entièrement dévouée aux prouesses technologiques (condition nécessaire mais pas suffisante, pour reprendre le vocabulaire des « têtes bien pensantes »).

La réalité

« Bon finalement, le designer sert à quoi ? » Voici la définition qu’en donne l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI – Les Ateliers) :

Au sein de l’équipe de conception, le designer veille à la cohérence structurelle du produit. Les solutions qu’il retient sont non seulement de nature à garantir le bon aspect de l’objet produit mais surtout sa parfaite organisation interne et la pertinence de son rapport à l’utilisateur.

Verner Panton disait :

Le travail du designer est de coordonner à tous les niveaux de production, d’étudier et de répondre aux exigences du consommateur, de dépasser les bases objectives et de trouver une cohésion claire et délibérée entre les facteurs pratiques et esthétiques.

La pratique

« C’est bien beau ces discours, mais moi, quand dois-je faire intervenir le designer ? » Tout au long du projet, et en particulier au début, quand les grandes orientations doivent être définies. Imaginez juste un instant un produit Apple dessiné après avoir été conçu…

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